ExxonMobil énergies renouvelables critiques et limites : le vrai bilan

ExxonMobil n'est pas un acteur maladroit de la transition : c'est une entreprise qui a choisi de tourner le dos au solaire et à l'éolien. Découvrez pourquoi ce choix est assumé, chiffres à l'appui.

ExxonMobil énergies renouvelables critiques et limites : le vrai bilan

Il y a une scène qui revient chaque fois que je parle d'ExxonMobil avec des gens qui suivent un peu le climat : quelqu'un finit par dire « mais ils font quand même des renouvelables, non ? ». Et là, en général, tout le monde se regarde. Parce que la réponse honnête, c'est : pas vraiment au sens où on l'entend. La plupart des gens imaginent Exxon comme un Shell ou un TotalEnergies qui bricole des parcs solaires entre deux gisements. La réalité est plus tranchée, et plus intéressante. Quand on parle des critiques et limites des énergies renouvelables chez ExxonMobil, on ne parle pas d'un acteur maladroit de la transition : on parle d'une entreprise qui a fait un choix stratégique clair de s'en détourner. Je vais vous montrer pourquoi, avec des chiffres et surtout avec la logique industrielle qui se cache derrière.

Points clés à retenir

  • ExxonMobil a explicitement retiré le solaire et l'éolien de sa feuille de route : ce n'est pas un retard, c'est une décision assumée.
  • Le « bas-carbone » chez Exxon, c'est avant tout la capture du carbone et les biocarburants — des technologies qui servent souvent l'activité fossile existante.
  • La part du budget d'investissement consacrée aux activités bas-carbone reste très minoritaire face aux hydrocarbures.
  • Les critiques portent moins sur des projets ratés que sur l'absence de projet tout court.
  • Le procès intenté par plusieurs États américains vise moins les énergies renouvelables que la communication climatique de l'entreprise.

Pourquoi ExxonMobil a largement tourné le dos au solaire et à l'éolien

La décision la plus parlante d'Exxon ces dernières années ne s'est pas jouée dans un laboratoire. Elle s'est jouée dans un tableau de rentabilité.

Quand j'ai commencé à suivre ce dossier il y a quelques années, je pensais naïvement qu'il fallait chercher la position d'Exxon dans ses rapports RSE. Erreur. Le vrai signal, vous le trouvez dans les annonces d'investissement, et là, le message est limpide : l'entreprise a choisi de ne pas développer de portefeuille solaire ou éolien à grande échelle, contrairement à plusieurs de ses concurrents européens. Elle l'a même dit à peu près noir sur blanc lors de ses journées investisseurs : les énergies renouvelables intermittentes offrent des retours trop faibles au regard du risque.

La logique industrielle derrière ce retrait

Il faut comprendre ce qui motive une major pétrolière. Une entreprise qui exploite des gisements depuis un siècle a une culture, des compétences et surtout des attentes de rentabilité forgées par son métier d'origine. Un champ pétrolier bien géré peut afficher des marges que l'éolien offshore met des décennies à approcher. Du coup, quand un comité d'investissement compare deux projets, le solaire perd presque toujours mécaniquement. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est arithmétique.

Exxon a donc opéré un choix de spécialisation : plutôt que de disperser son capital dans des actifs qu'elle maîtrise mal, elle concentre ses efforts sur des technologies qui prolongent son savoir-faire. Et ces technologies, vous allez voir qu'elles ont un point commun dérangeant.

  • La capture et le stockage du carbone (CCS), qui permet de continuer à brûler du gaz en prétendant réduire les émissions
  • Les biocarburants, produits à partir de biomasse mais souvent mélangés à des carburants classiques
  • L'hydrogène, dont la variante « bleue » dépend elle aussi du gaz naturel
  • Le lithium, sur lequel Exxon a misé pour se positionner dans la chaîne des batteries

Remarquez le fil rouge : à part le lithium, tout cela sert à rendre l'activité fossile un peu moins émettrice, pas à la remplacer. C'est la critique centrale qu'on peut légitimement adresser à Exxon — elle ne rejette pas le carbone, elle tente de le nettoyer à la marge.

Les limites réelles : combien Exxon met-il vraiment sur la table ?

Bon, on l'a dit, Exxon ne fait pas de solaire. Mais fait-elle vraiment du bas-carbone ? Oui, un peu. Le problème, c'est l'ordre de grandeur.

Les limites réelles : combien Exxon met-il vraiment sur la table ?

Si vous additionnez ses annonces dans les biocarburants, l'hydrogène et la capture carbone, vous restez sur une fraction très minoritaire de son budget total d'investissement. L'écrasante majorité de ses capex continue d'aller à l'exploration et à la production d'hydrocarbures. Autrement dit, le discours « nous investissons dans la transition » existe, mais il porte sur des montants qui ne bouleversent pas la trajectoire de l'entreprise.

La capture du carbone est-elle une vraie solution ou un décor ?

C'est la question qui fâche. La CCS est techniquement réelle, elle fonctionne, mais elle a un défaut structurel : elle consomme de l'énergie pour fonctionner, et son déploiement à l'échelle nécessaire reste très inférieur à ce qu'il faudrait pour compenser les émissions de la production fossile. Quand une entreprise met en avant la CCS tout en augmentant sa production de pétrole et de gaz, l'effet net sur le climat est loin d'être à la hauteur de la communication.

Franchement, une partie de mon scepticisme vient d'un détail tout bête. La CCS demande des infrastructures de transport de CO2, des sites de stockage géologique, une surveillance sur des décennies. C'est lourd, coûteux, et ça ne rapporte rien en soi — sauf si un cadre réglementaire vous rémunère pour le faire. Exxon a d'ailleurs poussé pour que les pouvoirs publics subventionnent ces projets. Ce n'est pas un crime, mais ça relativise l'idée d'un engagement spontané pour la planète.

Exxon face à ses concurrents : la comparaison qui dérange

Le meilleur moyen de juger une stratégie, c'est de la mettre côte à côte avec celle des autres. Et là, le contraste est net.

Exxon face à ses concurrents : la comparaison qui dérange

Les majors européennes — TotalEnergies, Shell, BP — ont toutes annoncé à un moment des objectifs de capacité renouvelable, des parcs éoliens, des projets solaires. Leur bilan est discutable, plusieurs ont même revu leurs ambitions à la baisse ces dernières années sous la pression des marchés. Mais elles ont au moins ouvert un chantier. Exxon, elle, a surtout choisi de ne pas l'ouvrir.

Entreprise Position affichée sur le solaire/éolien Priorité bas-carbone
ExxonMobil Retrait, pas de portefeuille significatif CCS, biocarburants, hydrogène bleu
TotalEnergies Capacité renouvelable développée Électricité, gaz, renouvelables
Shell Ambitions revues à la baisse mais présentes Électricité, biocarburants
BP Objectifs renouvelables affichés puis réduits Transition partielle

Ce tableau mérite une nuance honnête : les Européennes ne sont pas des modèles de vertu, et leurs reculs récents montrent que la transition des majors est fragile partout. Mais la différence de nature demeure. Exxon n'a pas échoué dans les renouvelables — elle n'a pas essayé. Ce qui, pour ses critiques, est un aveu.

Pourquoi cette absence de renouvelables pose un vrai problème

On pourrait répondre : et alors ? Une entreprise privée fait ce qu'elle veut. Sauf que trois éléments changent la donne.

L'effet de verrouillage technologique

Une major qui n'investit pas dans les renouvelables aujourd'hui n'aura pas les compétences demain pour pivoter si le marché bascule brutalement. Les compétences en ingénierie solaire ou éolienne ne s'improvisent pas. En retardant, Exxon parie que la transition sera lente. Si elle se trompe, le rattrapage sera douloureux.

L'influence sur les politiques publiques

Et là, on touche à quelque chose de plus gênant. Une entreprise de cette taille ne se contente pas de choisir sa stratégie : elle pèse sur les règles du jeu. Le procès intenté par plusieurs États américains contre Exxon ne porte pas principalement sur ses investissements, mais sur sa communication climatique et la manière dont elle a, selon les plaignants, minimisé les risques liés aux énergies fossiles tout en connaissant l'état de la science. Ce genre de contentieux dessine une responsabilité qui dépasse le seul bilan carbone.

Les attentes des investisseurs et du public

Il faut aussi parler du décalage entre ce que l'entreprise dit et ce que les observateurs attendent. Les agences de notation extra-financière, qui évaluent la performance RSE et ESG des entreprises, ont longtemps classé Exxon dans les rangs médiocres sur les critères environnementaux. Ce n'est pas une preuve en soi — ces agences sont critiquées pour leur manque de rigueur — mais c'est un signal de plus : la communication d'Exxon sur la transition ne convainc pas grand monde.

Bref, un investisseur qui voulait de l'exposition renouvelable avait peu de raisons de choisir Exxon.

Ce qu'il faut retenir de cette stratégie

Je ne vais pas vous vendre une conclusion caricaturale du genre « Exxon est le méchant ». La réalité est plus subtile, et plus instructive.

ExxonMobil a fait un pari : que la demande d'hydrocarbures restera forte assez longtemps pour justifier de ne pas se disperser dans des actifs peu rentables. Ce pari n'est ni stupide ni irrationnel de son point de vue financier. Beaucoup d'analystes le comprennent. Mais il a un coût, et ce coût s'appelle la crédibilité. Une entreprise qui dit vouloir participer à la transition tout en refusant d'y mettre les moyens matériels expose une contradiction que chaque rapport annuel rend un peu plus visible.

La vraie limite d'Exxon dans les renouvelables, au fond, ce n'est pas technique. Ce n'est pas non plus un manque de capital : l'entreprise génère des sommes colossales. La limite est ailleurs, dans un choix de modèle qui assume de rester fossile en habillant le tout de technologies de mitigation. À vous de juger si c'est un réalisme lucide ou une fuite en avant. Mais la prochaine fois que quelqu'un vous dira « Exxon fait quand même des renouvelables », vous saurez quoi répondre.

Sandrine Dufour
AUTEUR

Sandrine Dufour est journaliste, spécialisée dans le traitement de l’actualité et du changement climatique. Depuis une dizaine d’années, elle couvre les enjeux environnementaux et les initiatives d’éducation écologique, allant des politiques climatiques aux actions de terrain. Son travail vise à rendre accessibles les problématiques scientifiques et sociétales liées à la transition écologique.

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